Le numérique créateur d’emplois ??

Tout le monde semble s’accorder à considérer le numérique comme un levier de croissance, mais, est-il un eldorado en termes de création d’emplois ?

Fait-on fausse route ? Surévalue-t-on le potentiel de l’économie numérique dans une tentative désespérée de s’accrocher à la seule bouée de sauvetage en vue ?

Demain, 50 % des jobs remplacés par des robots et tous au chômage technologique ??

Voilà une jolie brochette de questions que nous sommes beaucoup à nous poser et qui sont régulièrement traitées dans les médias comme par les blogueurs. Toujours est-il qu’un avis supplémentaire n’est jamais de trop dans ce type de situation où finalement seul l’avenir nous apportera la réponse et où le recul nécessaire pour affirmer plutôt que pour supposer nous manque !

Premier constat, autant démarrer par celui qui inquiète le plus, le numérique détruit des emplois !

La persistance du chômage n’est pas compensée par la création d’emplois générés par le numérique. 6,7 millions d’emplois détruits en 10 ans en Europe continentale pour 5,5 millions d’emplois créés. Attention, le numérique n’a pas à lui seul détruit ces 6,7 millions d’emplois, évitons les conclusions hâtives !!

Le numérique détruit des emplois parce qu’il est le support de modes de travail plus efficaces. Il permet des modes de travail, de coordination et de management plus efficaces, plus en phase avec notre temps. Par conséquent, le numérique signe peu à peu la fin des nombreux jobs à 0 % de valeur ajoutée.

De plus, en suivant l’adage selon lequel on n’a aucun retour sur investissement tant que l’on ne vend pas plus ou que l’on ne licencie personne, on peut supposer que la digitalisation de l’entreprise et des modes de travail sera largement destructrice d’emplois.

Dans les faits, le numérique détruit certes des emplois, mais pas tant que ça !!

Tout n’est pas complètement noir, le numérique est tout de même créateur d’emplois. Chaque nouvelle entreprise qui se lance pour explorer et exploiter ce terrain nouveau dont on commence à peine à percevoir le potentiel crée des emplois.

Le fait que le web devienne une véritable plate-forme a également des conséquences. Il va bien falloir de la main-d’œuvre pour concevoir et faire fonctionner ces environnements nouveaux et les infrastructures qui les supportent.

N’exagérons rien pour autant, il existe des limites à cette création d’emplois !

Combien de salariés chez Google par rapport aux leaders de l’ère industrielle ? Infiniment moins et la raison est double. D’abord, la technologie qui se simplifie devient une commodité : on peut faire beaucoup plus qu’avant avec beaucoup moins.

À côté de cela, les emplois informatiques quittent les entreprises (plus rentable de sous-traiter) pour retourner à terme directement chez les opérateurs techniques de l’économie numérique. Le taux de remplacement ne sera jamais d’un pour un, la mutualisation des infrastructures mutualise également les emplois.

Enfin, pas besoin de milliers de salariés pour réaliser des centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires. Les géants du web tirent profit d’une seconde économie composée de milliers, voire de millions de consommateurs participatifs dont l’activité sert leur « business model » sans aucune réelle forme de contrepartie.

Lorsque valeur ne rime plus avec emploi.

Nous voilà à un moment unique de notre histoire. Traditionnellement, chaque révolution économique a créé davantage d’emplois que l’économie qu’elle remplaçait. Création de valeur rimait avec création d’emplois, mais, ceci n’est vraisemblablement plus le cas.

L’économie numérique a un potentiel de création de valeur qui tend vers l’infini, mais le fera à priori avec peu de création d’emplois. Et n’espérons pas mieux du côté de la numérisation des secteurs traditionnels. De nombreux cas nous montrent que dans la plupart des secteurs la reprise ne se traduit pas par des embauches.

Le numérique permet une « scalabilité » (capacité d’un produit/service à s’adapter à un changement d’ordre de grandeur de la demande) qui permet dans une large mesure de rendre le volume de production peu dépendant des effectifs humains.

Ce modèle qui génère beaucoup de richesses avec de moins en moins d’emplois suscite quelques interrogations : est-il viable ? Doit-on penser à inventer de nouveaux modèles économiques ? Existe-t-il d’autres alternatives ?

Bon alors, quelle conclusion à la question « Le numérique créateur d’emplois ? »

Même s’il y a création d’emplois, elle s’accompagne également d’une destruction et on est tout sauf sûrs qu’au final le bilan s’équilibre, la fameuse théorie de la destruction créatrice de Schumpeter.

Toujours est-il que la question des emplois numériques est pertinente et mérite d’être posée même si un doute plane concernant la fiabilité des réponses apportées au vu de notre manque de recul.

Mais, ce sujet à controverse n’est rien à côté des évolutions auxquelles nous allons devoir faire face dans les années à venir et dont, pour le moment, nous évitons de formuler les interrogations de peur d’entendre la réponse !!

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