La Presse est-elle en perdition ?

La presse, notamment payante, est en crise, ceci est un fait. Mais quelle(s) solution(s) adaptée(s) pour saisir le tournant de cette mutation qui s’offre à elle ? La question à se poser et de savoir s’il vaut mieux continuer à brasser de l’air dans le vide pour repousser l’inéluctable ou chercher des solutions en allant de l’avant ?!

La conjoncture n’est pas favorable à la presse qui n’intéresse plus ni les investisseurs, qui ne croient plus en son avenir industriel, ni les lecteurs, comme en témoigne le déclin des ventes, ni les annonceurs, qui ne misent donc plus sur elle. Pilier de la démocratie, la presse se meurt, mais de quoi ?

Le numérique et le tout instantané en tête de liste !?

Le coupable serait, dit-on, la multiplication des sources d’information instantanée et gratuite (sous format numérique le plus souvent) qui frapperaient d’obsolescence les journaux payants dont les délais et les coûts de fabrication les rendraient incapables de survivre à ces nouvelles concurrences.

Telle qu’on la connaissait, la presse écrite traditionnelle serait aussi sûrement condamnée que la calèche par l’apparition de l’automobile. Cela paraît logique, imparable, mais pourquoi avait-elle alors si bien résisté, au siècle dernier, à l’instantanéité de la radio puis à l’impact des journaux télévisés, diffusés avant même que ne soit entamée son impression ?

Un problème de ligne éditoriale ?

Lorsque certains titres se vendaient à plus d’un million d’exemplaires, il y avait longtemps que les Français écoutaient la radio, et l’essor de la télévision avait précédé d’une bonne décennie celui de la diffusion de certains journaux qui aujourd’hui ont une des plus grosses audiences. Ce n’est pas l’évolution technologique qui tue la presse mais la perte de cette indispensable valeur ajoutée qu’est l’expression d’une vision du monde propre à chacun de ses titres.

Même à la lointaine époque où ils en étaient les seuls vecteurs, les journaux ont toujours été plus que de simples organes d’information. Monarchistes ou républicains, de gauche ou de droite, capitalistes ou communistes, tous avaient une identité forte et offraient leur propre lecture de l’actualité et du monde à des lecteurs qui leur étaient fidèles parce qu’ils se reconnaissaient en eux.

Le « New York Times » était devenu le plus influent des quotidiens du monde en devenant la voix de la gauche américaine. « Le Monde » avait acquis son autorité en se faisant l’organe du non-alignement sur la scène internationale. « La Repubblica » sur la réinvention de la gauche italienne ; « Libération » sur la contestation soixante-huitarde ; le « Wall Street Journal », le « Financial Times » et « The Economist » sur la promotion du libéralisme économique aux quatre coins du monde.

La multiplication des sources d’information instantanée n’est qu’un facteur d’aggravation des difficultés de ces titres. La principale raison de leur fragilisation est que les idées qu’ils incarnaient ont fait leur temps.

Le journalisme d’antan aurait-il disparu ??

La crise de la presse occidentale est avant tout celle des grands courants de pensée européens et américains. Elle n’est que la conséquence de la panne d’idées occidentale, et ce n’est pas en misant sur leurs sites d’information continue, en synthétisant les dépêches d’agence et copiant les chaînes « all news » que les journaux pourront reconquérir leur lectorat et rétablir leur solidité financière.

C’est, au contraire, en sachant pallier l’insuffisance d’information croustillante et en redevenant ces défricheurs qu’étaient les grands journalistes d’époque, que la presse se refera, sur papier ou sur écran, là n’est pas la question. Les journaux doivent retrouver leur indépendance et se délier de toutes les pressions externes qui l’oppressent.

Seuls survivront ceux qui sauront le faire, mais ceux-là ont tout l’avenir pour eux car la crise de la presse n’est pas une crise de la demande. C’est une crise de l’offre, immensément préjudiciable à la démocratie qui a du plomb dans l’aile.

Pour conclure,

Oui, la presse comme on la connait finira par disparaitre à force de faire des copier-coller de l’AFP pour les nouvelles nationales et internationales, et d’écrire des articles insipides et démagogiques pour les nouvelles locales. La presse est sans arrêt sous le feu de cette critique mais persiste à faire la sourde oreille, son avenir semble être tout tracé.

Enfin, contrairement à ce que la bien pensante tribu des plus mal-comprenant éprouve, internet n’est pas un média entièrement taillé pour un journalisme de qualité mais beaucoup plus pour un accès à l’information brute. N’évoquons même pas la vulgarité des pubs intempestives, pourrissant notre lecture. Nous sommes bien conscients qu’il faut des fonds pour faire tourner une rédaction mais, il semblerait que le modèle économique soit quelque peu à revoir.

Bref, la presse staliniste est de retour, agrémenté de ce petit zeste de capitalisme qui fait tout pour détourner et arranger la vérité. Reste quelques organes encore valables mais, il faut vraiment trier et dès lors qu’on fouille bien, il ne reste plus grand monde.

Alors, la presse, Info ou Intox ???

Une réponse à “La Presse est-elle en perdition ?”

  1. courtier dit :

    fabuleux article, merci beaucoup.

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